Après le tragique Grand Prix d’Italie, voilà le classement du championnat :
CHAMPIONNATS :
Pilotes :
1. Andretti 64
2. Peterson 51
3. Lauda 44
4. Reutemann 35
5. Depailler 32
6. Watson 25
7. Laffite 19
8. Fittipaldi 15
9. Scheckter 14
10. Hunt, Patrese, Villeneuve 8
13. Tambay, Pironi 7
15. Jones 5
16. Regazzoni 4
17. Stuck 2
18. Brambilla, Rebaque 1
Constructeurs :
1. Lotus 86
2. Brabham 53
3. Ferrari 40
4. Tyrrell 36
5. Ligier 19
6. Copersucar 15
7. McLaren, Wolf 14
9. Arrows 8
10. Shadow 6
11. Williams 5
12. Surtees 1
Le circus est encore sous le choc de la mort de Peterson à Monza quand il se rend à Watkins Glen 3 semaines plus tard. Sa mort rend la fin du championnat peu enthousiasmante, d’autant que les deux championnats sont joués, Andretti et Lotus sont champions du monde. Jarier remplacera le regretté Peterson au sein de l’équipe Lotus pour les deux dernières manches.
On cherche un responsable à la tragédie de Monza. Des journalistes se tournent vers James Hunt, l’homme qui a percuté la Lotus de Peterson. Mais ce dernier ne reconnaît pas la moindre responsabilité et accuse Patrese de l’avoir tassé puis heurté et enfin poussé vers la Lotus. Il n’est d’ailleurs pas le seul à le penser. Un Comité de Sécurité des Pilotes, composé de Lauda, Hunt, Andretti, Fittipaldi et Scheckter fait pression sur les organisateurs pour que Patrese soit mis à pied à Watkins Glen… Un procédé d’intimidation pas forcément très catholique, surtout que certains membres du comité (comme Andretti, Hunt et Scheckter) n’ont eux-mêmes pas la réputation d’être des tendres en piste. Pour justifier leur décision, les membres du Comité expliquent qu’ils ne jugent pas Patrese pour Monza, mais en fonction d’incidents antérieurs. Patrese est probablement victime, entre autres, des suites du Grand Prix de Suède où son pilotage avait été critiqué par Peterson même, et son ton hautin (car venant d’une famille aisée) à la suite de l’épreuve n’avait pas été apprécié. Rappelons également l’accrochage avec Pironi dès le premier tour du Grand Prix des Pays-Bas. Bref, une réputation de jeune premier irresponsable qui lui colle à la peau.
Patrese se défend et affirme qu’il n’a pas gêné et encore moins touché Hunt. Le GPDA persiste et annonce que ses membres refuseront de participer au Grand Prix à venir si Patrese n’en est pas exclu. Les grandes instances ne réagissent pas, et Patrese choisit de se défendre seul. Il apporte quantité de photos à Watkins Glen (avec le concours de la presse italienne qui fournit les photos), qui montre qu’à l’instant de la collision, il est presque à hauteur de la Wolf de Scheckter et largement devant la McLaren de Hunt, et donc dans l’impossibilité de la toucher. Il réunit les pilotes du GPDA pour exposer ses arguments, mais en vain. Une seconde réunion a lieu sur le circuit, mais à nouveau sans résultat.
Patrese porte l’affaire devant les tribunaux, mais les juges se déclarent incompétents, et les organisateurs, craignant de voir leur course mutilée suite au forfait de plus de la moitié des pilotes, choisissent d’exclure Patrese de la course, et Arrows doit déclarer forfait par la force des choses…
Mais la justice ne saurait se contenter d’une simple mise à pied et une enquête est ouverte. C’est le juge Armando Spataro qui est choisi pour dirigier les investigations, il sera épaulé par des spécialistes techniques de toutes les branches possibles. Les enquêteurs se tournent vers Patrese et le préposé au départ, Giovanni Restelli, et finalement, après un travail long et minutieux, les deux hommes sont inculpés pour homicide involontaire. Le procès aura lieu le 21 octobre 1981 sous la direction du juge Generoso Petrella.
Le procureur souhaitera condamner Patrese à 8 mois de prison avec sursis en s’appuyant sur les faits suivants : Giovanni Restelli a donné le signal du départ alors que toutes les voitures n’étaient pas arrêté et est de fait en partie responsable, Patrese a essayé de doubler Hunt par la droite hors des marques du circuit (en profitant de la piste qui mène jusqu’au banking inutilisé depuis les années 60) en dépit du resserrement de la piste peu avant les chicanes, et Peterson a pris un départ très lent et a été dépassé par plusieurs tandis que d’autres arrivaient à grande vitesse.
Patrese aurait, d’après ce dessin, heurté la McLaren de Hunt qui a touché et propulsé la Lotus de Peterson dans les barrières. Patrese niera avoir touché la McLaren, contrairement à Hunt qui jurera tout sa vie le contraire.
Il ne faut que 5 minutes aux trois membres de la cour pour délibérer sur le cas de Giovanni Restelli. Tard le soir du 28 octobre, Patrese et Restelli seront déclarés innocents de toutes les accusations. Restelli a lancé la course trop tôt, mais il avait des les circonstances techniques atténuantes. Patrese a été innocenté par un témoin qui a vu l’Arrows avec plus d’une longueur d’avance sur Hunt au moment de l’accrochage. Deux ans plus tard, le verdict est rendu public, et Hunt reçoit tout le blâme, car il aurait dû rester sur sa ligne derrière l’Arrows, chose que Hunt réfutera jusqu’à sa mort.
Toutefois, si Patrese n’a pas touché la McLaren, on peut difficilement exclure le fait que le retour de l’Arrows sur la piste juste devant Hunt à l’approche du goulot de la première chicane a probablement conduit Hunt à réagir par réflexe et à percuter la Lotus de Peterson. Mais il serait malsain d’établir des responsabilités des dizaines d’années après, alors restons-en là.
États-Unis Est :
Andretti réalise la pole à domicile malgré la mort de son coéquipier. Cela est d’autant plus méritoire qu’en dépit du contrat de second pilote que Peterson avait, Andretti et lui n’étaient pas en froid. La mort du Suédois a profondément affecté l’Américain. Sur la grille de Watkins Glen, il devance Reutemann, Jones qui n’en finit plus d’étonner avec sa Williams, Villeneuve, Lauda, Hunt, Watson et Jarier sur la seconde Lotus 79. Lotus 79 qu’il n’utilisera pas durant la course, Andretti a crashé la sienne le dimanche matin et utilisera celle de Jarier à la place. Jarier devra se contenter d’une 79 amenée le matin même sur le circuit, donc forcément mal réglée.
À noter que les organisateurs, par peur que la foule ne devienne incontrôlable en cas de victoire d’Andretti, ont fait poser ce dernier et sa femme avec le trophée du vainqueur avant même la course ! Juste au cas où…
Andretti conserve la tête au départ, mais les Ferrari le suivent de près, et rapidement, les freins d’Andretti le font rétrograder derrière les machines de la Scuderia. Derrière, Jarier souffre d’une crevaison lente et doit passer aux stands, mais reprend la piste avec la ferme intention de remonter le peloton. Jones, bon 4ème depuis le départ, profite des problèmes d’Andretti puis de Villeneuve qui abandonnent à cause de problèmes mécaniques pour prendre la 2ème place derrière Reutemann.
Lauda tient un instant la 3ème place mais renonce suite à une casse moteur, laissant Jabouille sur sa Renault à la 3ème place, alors que l’écurie n’a pour l’instant pas marqué le moindre point en F1 depuis ses débuts il y a un an et demi.
Jarier revient tambour battant sur Scheckter et Jabouille qui rencontre des problèmes de freins, et au 53ème tour, Jarier s’empare de la 3ème place devant Scheckter et Jabouille. Mais tous ces efforts déployés font que sa Lotus tombe en panne d’essence 3 tours plus tard, laissant Scheckter monter sur le podium derrière Reutemann et Jones.
De son côté, après un an et demi de tentatives infructueuses, Jabouille marque les premiers points de Renault et d’un moteur turbo (ainsi que ses premiers points personnels) avec la 4ème place, devant Fittipaldi et Tambay. L’évènement est d’importance, même s’il ne fait pas de vagues pour l’instant.
Cette 4ème victoire de la saison permet à Reutemann de revenir à égalité de points avec Lauda pour la 3ème voire la seconde place au classement final, Peterson n’étant qu’à 7 points. Jones et Williams font également une belle affaire en doublant leur capital de points.
Le résumé de la course.
Canada :
Pour la manche finale du championnat du monde, mais finalement sans grand enjeu, Patrese revient dans le paddock pour la première course de F1 à Montréal sur l’île Notre-Dame, et Ecclestone aligne une troisième voiture pour le jeune Piquet.
La pluie a perturbé les différentes séances, et Jarier obtient de peu la position de tête, devant Scheckter, Villeneuve à domicile, Watson, Jones, Fittipaldi, Lauda, Stuck et Andretti. Andretti qui, avec cette 9ème place, met fin à 10 premières lignes de rang sur la grille, nouveau record en la matière.
Au départ, Jarier conserve la tête tandis que Jones bondit de la 3ème ligne pour obtenir la 3ème place, derrière Scheckter mais devant Villeneuve et Watson.
Encore mieux, un peu plus loin, Scheckter sort large et Jones en profite pour lui subtiliser la 2ème place. Andretti a pour sa part gagné 3 places et devance Depailler 7ème, pourtant parti de la 13ème place mais qui a profité d’un accrochage au départ provoqué par Stuck pour gagner plusieurs positions.
Jarier est seul au monde et distance rapidement ses poursuivants que sont Jones, Scheckter, Villeneuve, Watson et Andretti. L’Américain est plus rapide que la Brabham, et au 6ème tour, Andretti tente une attaque mais les deux voitures s’accrochent et repartent dans les profondeurs du classement. Lauda abandonne le même tour à cause de ses freins, et Watson renonce 3 tours plus tard, ce qui fait que Depailler est 5ème devant Reutemann et Daly. En tête, Jarier trace et Jones ne peut pas faire grand-chose. Il a déjà bien assez à faire avec Scheckter et Villeneuve juste derrière lui…
Mais les pneus sont très éprouvés sur ce tracé, Depailler passe aux stands au 17ème tour et Jones a une crevaison lente qui le fait perdre 2 places au profit de Scheckter et Villeneuve, l’enfant du pays. Patrese, sûrement secoué par son exclusion au Glen, réalise pourtant une belle course et double Daly au 22ème tour pour entrer dans les points.
Puis Villeneuve, très pressant sur Scheckter, finit par trouver la faille au 25ème tour mais compte 30 secondes de retard sur Jarier, un gouffre.
Derrière, Jones continue à perdre des places, Reutemann et Daly le passent, avant de passer enfin aux stands au 33ème tour. Depailler remonte vite sur Pironi et Daly, et les double en seulement deux tours, prenant la 6ème place au 48ème tour.
Puis, au 50ème tour, alors avec 30 secondes d’avance sur Villeneuve, Jarier se rend aux stands, il n’a plus de freins. On trouve un trou dans le circuit de freinage, et logiquement, Jarier abandonne alors qu’il allait enfin obtenir sa première victoire qu’il n’aura finalement jamais…
Cela laisse Villeneuve en tête, et le Canadien remporte sa première victoire en F1 à domicile sur ce tout nouveau circuit. Il devance Scheckter et Reutemann qui s’empare seul de la 3ème place au classement final, puis viennent Patrese (qui remporte là une 4ème place symbolique après son exclusion à Watkins Glen), Depailler et Daly qui remporte un point sur son Ensign, Pironi ayant lâché dans les dernières boucles.
Les Canadiens, qui s’étaient pressés en masse pour admirer leur héros lors de la course, acclament le charismatique pilote Ferrari lors de la cérémonie du podium, une bien belle image qui vient ragaillardir une fin de saison assombrie par le décès de Peterson…
Le résumé de la course.
Les highlights de la course.
Dans les coulisses, en parallèle du championnat, on s’agite. Dans la lutte de pouvoir entre la FOCA et la CSI, un nouvel épisode se met en place. Le président de la CSI Ugeux projette d’interdire les jupes qui ont permis à Lotus de dominer la saison passée. Ces éléments mobiles sont très dangereux en cas de rupture, et les gains en performance sont tels que la plupart des circuits ne sont pas équipés pour accueillir des monoplaces équipées d’un tel système. La FOCA, Ecclestone en tête, fait pression sur la CSI pour la faire reculer sur son idée d’interdire les jupes. Finalement, elle obtient gain de cause, et les jupes restent autorisées pour la saison 1979.
Metternich finit alors par réaliser qu’Ugeux ne peut rivaliser avec Ecclestone et décide de lui trouver un remplaçant. Le successeur du Belge doit avoir une volonté de fer et être un acteur puissant du sport automobile. Le seul candidat possible est le président de la FFSA : Jean-Marie Balestre. Le Français est donc élu président du CSI à une écrasante majorité. Il est élu sur un programme sécuritaire et dont le but est de restaurer l’autorité de la CSI et de la FIA. Sa première action est la création de la FISA et la suppression de la CSI, remplacée par la dite FISA. Bien sûr, Balestre est nommé président de ce nouveau sous-comité autonome de la FIA. Ses intentions sont claires : rétablir l’autorité de la FIA sur la F1. Toute ingérence extérieure du conseil d’administration ne sera plus tolérée, Balestre ayant déclaré son allocution devenue célèbre par la suite : « Fini ! ».
CLASSEMENTS FINAUX DU CHAMPIONNAT 1978 DE F1 :
Pilotes :
1. Mario Andretti …………
(Lotus) 64
2. Ronnie Peterson ………..
(Lotus) 51
3. Carlos Reutemann ……..
(Ferrari) 48
4. Niki Lauda ……………….
(Brabham) 44
5. Patrick Depailler ………..
(Tyrrell) 34
6. John Watson ……………
(Brabham) 25
7. Jody Scheckter …………
(Wolf) 24
8. Jacques Laffite ………….
(Ligier) 19
9. Gilles Villeneuve ………..
(Ferrari) 17
10. Emerson Fittipaldi …….
(Copersucar) 17
11. Riccardo Patrese ……..
(Arrows) 11
12. Alan Jones …………….
(Williams) 11
13. James Hunt ……………
(McLaren) 8
14. Patrick Tambay ……….
(McLaren) 8
15. Didier Pironi ……………
(Tyrrell) 7
16. Clay Regazzoni ……….
(Shadow) 4
17. Jean-Pierre Jabouille …
(Renault) 3
18. Hans Joachim Stuck …
(Shadow) 2
19. Hector Rebaque ………
(Team Rebaque) 1
20. Vittorio Brambilla ……..
(Surtees) 1
21. Derek Daly …………….
(Hesketh puis Ensign) 1
Constructeurs :
1. Lotus 86
2. Ferrari 58
3. Brabham 53
4. Tyrrell 38
5. Wolf 24
6. Ligier 19
7. Copersucar 17
9. McLaren 15
10. Arrows 11
11. Shadow 6
12. Renault 3
13. Surtees 1
14. Ensign 1
























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