Ayrton Senna, la course dans le sang

La F1 d'avant vous fait toujours vibrer? Les Fangio, Senna, Prost, Mansell vous manquent? C'est ici et nulle part ailleurs pour revivre les années F1 du siècle dernier.

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Ayrton Senna, la course dans le sang

Messagede Keyshun » Mar Mai 01, 2007 15:23

ATTENTION: ceci n'est pas un doublon! Il existe déjà un topic sur Ayrton Senna je le sais, mais j'aimerais lancer une chronique, qui ne peut pas entrer dans le sujet du topic précédent. Alors svp, messieurs (ou mesdames ou mesdemoiselles!) les modos et admin ne le bloquez pas! Enfin, je vous laisse juger...

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Nous sommes le 1er Mai. Date douloureuse depuis 1994, triste anniversaire de la mort d'un grand pilote. Le 1er Mai, Ayrton Senna est décédé. Le 1er Mai, la Formule 1 est devenue orpheline de l'un de ses plus grands champions. Pour le treizième anniversaire de sa mort, je vais lancer une chronique hebdomadaire sur les meilleurs moments de sa carrière pour faire découvrire ou redécouvrire ses plus belles courses, ses haut faits d'arme. Des évènements sacrés qui ont construit la légende de ce pilote pas comme les autres. Unique, Ayrton Senna l'était vraiment. D'une rapidité diabolique, il dégageait un charisme à nul autre pareil en raison d'un mysticisme et d'une émotion présents à tous les instants. Ayrton Senna vivait pour la course et peu de pilotes ont eu une approche du sport automobile aussi passionnée que la sienne. C'est pour cela qu'il faisait vibrer les foules et c'est pour cela qu'il faut cultiver sa mémoire.

Ce 1er Mai 1994 est resté gravé dans ma mémoire. A l'époque, je n'avais que huit ans et je ne m'intéressais pas tant que ça à la Formule 1. Je me souviens très bien avoir vu les images de son accident au journal télévisé le soir de sa mort. J'ai compris que quelque chose de grave se tramait, que quelqu'un d'important venait de perdre la vie. Je revois encore les images teintées de rouge (sa combinaison), de jaune (son casque), de bleu (sa voiture). Ce n'est que deux ou trois ans plus tard que j'ai découvert le nom du pilote qui avait perdu la vie ce jour-là. Quelque chose d'étrange s'est passé en moi, j'ai voulu en savoir plus sur ce pilote que j'avais vu mourir à la télévision et sur qui je ne savais quasiment rien. Je me suis procuré des images d'archive (plusieurs cassettes vidéo), des livres, des magazines d'époque... Je voulais tout connaître de la vie de ce formidable pilote et j'ai ressenti une intense tristesse.

J'ai découvert qu'Ayrton Senna était plus qu'un pilote, il était un dieu chez lui au Brésil, à l'égal de la Seleçao (l'équipe de football). J'ai alors compris que c'était plus qu'un pilote qui était mort, c'était un grand homme. Le jour de l'enterrement de Senna, on pouvait lire sur des banderoles étendues par le peuple brésilien: "Au delà des limites, accélère Senna" ou "Dieu ayant construit le plus grand circuit du monde, il lui fallait le meilleur pilote." Des mots qui rendent compte de l'émotion qu'a connu le Brésil et qui rendent surtout compte de l'incroyable portée des actes d'Ayrton Senna. Il n'était pas qu'un simple pilote, il était un modèle de vie. C'est pour ça que je tiens à rendre un bel hommage, à la hauteur de son talent. Pour finir, je vais reprendre les mots du journaliste Patrick Camus: "Il avait marqué les années 90, il voulait marquer sa génération et devenir celui que l'Histoire de la F1 et de l'humanité retiendrait. Le meilleur. Plus qu'un pilote, un symbole. Senna était un dieu. Mais un dieu vivant. Donc vulnérable. Mortel."

A la semaine prochaine, pour le premier épisode!

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P.S.: en cadeau, une des plus belles tribute qu'il ait été donné de voir:
http://www.youtube.com/watch?v=YAw-zR6tvtA (si quelqu'un connaît la musique, qu'il me fasse signe!)
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Messagede Matt » Mar Mai 01, 2007 17:12

No comment, je reposte cette belle vidéo.
http://www.rogepost.com/n/5828702269
Відвідуєте Україну.

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http://pierre-matton.ifrance.com/
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Messagede Keyshun » Mer Mai 09, 2007 18:14

Le 3 Juin 1984, la naissance d'un funambule...

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En arrivant dans le paddock, le mercredi 30 Mai 1984, Ayrton Senna est heureux. En mettant les pieds à Monte-Carlo en tant que pilote de Formule 1, il se rend compte du chemin parcouru et des difficultés qu'il a rencontré pendant ces cinq dernières années: l'exil en Grande-Bretagne loin de son Brésil natal et de son soleil, la difficulté de vivre sans sa famille, l'apprentissage de la langue anglaise... Senna a tout surmonté pour atteindre son rêve, devenir pilote de course au plus haut niveau, en Formule 1, à seulement 24 ans. En arrivant dans le stand Toleman, sa nouvelle équipe, il s'assoit au fond du garage et se prépare à enfiler sa combinaison. Il voit une jeune fille aux cheveux bruns et aux yeux clairs passer devant sa voiture et croit reconnaître son ex-femme, Liliane de laquelle il a divorcé quelques mois précédemment. Il a refusé de rentrer avec elle au Brésil pour continuer à vivre sa passion (ce qui passait irrémédiablement par un séjour en Europe), continuer à collectionner les victoires en Formule 3 britannique et elle n'a pas accepté. Maintenant, tout cela semble bien loin au jeune Ayrton, parfaitement concentré et intégré au milieu de la Formule 1. Il manie déjà sa carrière d'une main de fer et son but est clair: devenir champion du monde. Il est prêt à tout pour gagner un jour le sacre au plus haut niveau. Après un début de saison relativement fructueux, avec par deux fois un point marqué aux Grands Prix d'Afrique du Sud et de Belgique, Ayrton sait qu'il a encore du travail. C'est épuisé qu'il a terminé le Grand Prix d'Afrique du Sud, à la limite de l'évanouissement. Mais, malgré une monoplace difficile à conduire, Ayrton a déclaré après la course qu'il devait aller au bout, pour tous ceux qui ont travaillé pendant des jours sur sa voiture. Démonstration de la motivation d'un jeune pilote, fougueux et talentueux.

Lors des qualifications, Senna a réalisé un tour modeste, s'adjugeant la 13e place sur la grille de départ. Compte tenu des performances générales de la Toleman-Hart il n'est pas trop déçu mais il sait qu'il va lui falloir un peu de chance s'il veut marquer des points pendant la course du lendemain. C'est sous des trombes d'eau que se réveille le petit monde de la F1 le dimanche matin. Le circuit de Monaco, épreuve reine de la F1, est très spécifique avec ses nombreux rails encerclant un tracé sinueux. Autant dire qu'avec une pluie battante telle que celle-ci, la course risque d'être très ardue... Lorsque le départ est donné, les voitures s'extraient difficilement de leur position sur la grille et avec les gerbes d'eau rejetée par les voitures, la visibilité est quasi-nulle. Ayrton est très concentré et essaie de tirer profit du faible potentiel de sa Toleman du mieux qu'il peut. A la fin du premier tour, il est déjà remonté à la 9e position. C'est ce jour qu'Ayrton va impressionner tout le monde. C'est ce jour qu'il va passer tout prêt de l'exploit. Alors que les tours défilent, le jeune Brésilien remonte progressivement vers la tête de la course en alignant des tours ultra-rapides, à une cadence que l'on attendait pas de la part de cette voiture. La pluie, en nivellant les performances des monoplaces permet à Senna de démontrer toute l'étendue de son talent et il ne cesse de dépasser, sur un circuit peu propice puisque très sinueux. Au tour 16 il se retrouve déjà sur le podium, à la troisième place, dans les roues de l'Autrichien Niki Lauda. Le pilote Mclaren essaye tant qu'il peut de tenir toute la largeur de la piste pour empêcher le jeune prodige de passer. Peine perdue. Alors qu'ils passent la ligne d'arrivée, Ayrton se déporte sur l'extérieur de la piste. Il a du mal à distinguer la piste sous la tempête. Il accélère à fond le long de la ligne droite et se retrouve aux côtés de Lauda pour le freinage du premier virage et... il passe par l'extérieur! Les observateurs sont subjugués par l'aisance sous la pluie du nouveau venu. En deuxième position, Senna aligne les records du tour pour revenir sur Alain Prost, alors en tête. Après avoir réduit l'écart à sept secondes et alors que se dessine l'exploit, le drapeau rouge est brandi, synonyme d'arrêt de la course.

Sur le podium, Ayrton Senna a fière allure même si sa machoire semble crispée, attitude contraire à ce qu'on aurait pu attendre d'un jeune pilote dont c'était le premier podium. La raison est simple: il a longtemps considéré qu'on lui avait volé la victoire, comme il le dira par la suite: "J'aurais certainement dépassé Prost mais personne ne peut savoir ce qui ce serait passé. J'aurais peut-être gagné, j'aurais peut-être abandonné. J'étais moi aussi à bout de force. Il y a eu des moments où c'était juste, où j'ai cru que j'allais m'écraser." Ce qui est sûr c'est qu'en finissant deuxième sur un circuit aussi difficile que celui de Monaco et au volant d'une rétive Toleman-Hart, Ayrton Senna a marqué les esprits (tout comme Stefan Bellof, alors troisième qui revenait encore plus vite mais dont la Tyrrell sera déclassée puisque l'écurie a été accusée de tricherie et confondue). C'est surtout par son aisance sous la pluie qu'il a marqué les esprits. En effet, dans ces conditions, il a semblé être capable de se jouer des meilleurs. Le 3 Juin 1984, Ayrton a remercié les éléments. Et il ne va pas en rester là pour cette saison 1984. Après de bonnes places en qualification lors des GP de Detroit et Dallas, Senna termine à nouveau sur le podium en Grande-Bretagne. Au Portugal, théâtre du dernier GP de la saison, le Brésilien réussit un nouvel exploit en qualifiant sa modeste Toleman en troisième position! Le lendemain, il confirme sa bonne prestation en terminant une nouvelle fois sur le podium, juste derrière les intouchables Mclaren de Lauda et de Prost. Sur le podium, le choc des générations est évident: Lauda (le passé), Prost (le présent) et Senna (le futur). Trois des plus grands champions de la Formule 1 réunis sur un même podium, trois talents bien particuliers. Le soir du Grand Prix, Ayrton remercie toute l'équipe, pour le travail accompli, qui lui a permis de se rapprocher des étoiles dès sa première saison. En l'espace d'une année, Senna s'est déjà révélé comme une des valeurs sûres du futur. Au revoir Toleman, bonjour Lotus.

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Messagede jojo la patate » Mer Mai 09, 2007 18:19

Bellof...l'autre héros...celui de l'ombre....(les billes de plomb utilisées par Tyrrell etaient inutiles dans de telles conditions...ce qui en dit long...)


Une époque qu'on aimerai bien revivre.

C'est vraiment naze la F1 actuelle a coté de ça. :(
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Messagede Keyshun » Jeu Mai 10, 2007 08:09

jojo la patate a écrit:Bellof...l'autre héros...celui de l'ombre....(les billes de plomb utilisées par Tyrrell etaient inutiles dans de telles conditions...ce qui en dit long...)


Une époque qu'on aimerai bien revivre.

C'est vraiment naze la F1 actuelle a coté de ça. :(


Moi je n'ai même pas eu la chance de la vivre... :? J'aurais tellement aimé!

Juste pour précision, Stefan Bellof est décédé en 1985 lors d'une course d'endurance, catégorie où il avait été sacré champion du monde en 1984 au volant d'une Porsche 956.
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Messagede jojo la patate » Jeu Mai 10, 2007 12:13

Ouais en tentant de dépasser Jacky Ickx pour la 1ere place dans le raidillon a Spa-Francorchamps. :shock: :(

Tout est dit. 8) :(
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Messagede Keyshun » Jeu Mai 17, 2007 18:41

Le 21 Avril 1985: Ayrton Senna remporte sa première victoire!


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Lorsque Ayrton Senna débarque au sein de la mythique écurie Lotus en 1985, elle n'est plus vraiment la machine à gagner des années 70 et ce depuis la mort de son génial créateur, Colin Chapman, en 1982. Malgré tout, Ayrton a de bonnes sensations et croit au potentiel de sa monoplace, la Lotus 97 T motorisée par un V6 Turbo Renault. Lors des séances d'essais de pré-saison, il a impressionné les ingénieurs du motoriste français par son sens aigu du travail et sa capacité à décrire chaque petit raté du moteur dans telle ou telle situation, en pleine accélération ou en plein freinage. La vérité est qu'il aime le travail, plus que tout. Il sait que pour remporter une victoire, il faut des heures passées sur les circuits à régler parfaitement la monoplace, à discuter avec les ingénieurs lors des briefings. Il fait preuve d'une maturité étonnante pour un garçon d'à peine 25 ans. A son contact, le directeur technique du team, Gérard Ducarouge, sait qu'il va être possible de réussir de grandes choses tant le pilote a une capacité à motiver les troupes autour de son talent. C'est pourquoi, en arrivant à Estoril, où Ayrton Senna s'était distingué l'année précédente, pour la deuxième manche de la saison 1985, l'équipe est gonflée à bloc. La motivation se transforme en bonnes performances dès les premières séances d'essais où Senna est toujours présent à la première place. La Lotus-Renault fonctionne à merveille sur le circuit tortueux d'Estoril et Ayrton domine son coéquipier, le styliste italien Elio de Angelis, alors que ce dernier fait partie de l'équipe depuis 1980! Pour sa deuxième course seulement au sein de l'équipe britannique il montre déjà un bel esprit de cohésion avec les membres du team. Autant dire que le jeune Brésilien fait forte impression...

Impression confirmée lors des séances d'essais qualificatifs qu'il domine de la tête et des épaules. Il réalise la pole position en seulement deux tours alors que ses adversaires s'usent en vain afin d'essayer d'approcher son temps! L'aisance avec laquelle il réalise le meilleur temps nous ferait presque oublier qu'il s'agit de la première pole de sa carrière (mais pas la dernière...). Senna est heureux d'avoir été récompensé de son dur labeur mais il sait que le plus dur à faire sera de garder cette position le lendemain, pendant la course. C'est pourquoi, même après une aussi belle performance, il y a tout de même le traditionnel briefing d'après-qualification. La victoire est à ce prix. Autant dire que ce garçon apprend vite et qu'il a la tête bien ancrée sur les épaules. Le samedi soir vers 22h, après avoir discuté avec ses ingénieurs des réglages à adopter pour la course, il finit par aller se coucher, pour un repos bien mérité. Au petit matin, Ayrton se lève et sourie: il pleut. Bien que la pluie soit un énorme avantage pour lui, il ne se réjouit pas trop vite. Une erreur est toujours possible, c'est pourquoi il doit rester concentré, le plus possible. A une demi-heure du départ, la pluie tombe encore plus fortement que dans la matinée. C'est donc sous un véritable déluge qu'est donné le départ de la course mais sans dommage. Ayrton prend la tête, évitant ainsi les gerbes d'eau qu'il pourrait recevoir en étant dans le sillage d'une autre monoplace. Il prend la tête et il ne la quittera plus. Alors que la pluie redouble, Senna semble intouchable: il maîtrise la conduite sous la pluie comme on avait jamais vu. Le mythe de "Magic" Senna vient de naître. Il passe en fait l'essentiel de son temps à se battre contre lui-même! En fin de course, la concentration se fait de plus en plus difficile... Ayrton mène la course avec plus d'une minute d'avance sur le second et il sait qu'il ne peut plus être rattrapé à la régulière. Alors que les tours défilent, Ayrton repense aux nombreuses fois où, quand il était très jeune, il est allé courir en karting sur le circuit de Sao Paulo dès que se présentaient des nuages orageux. Il se rappelle les nombreux tête-à-queue, les accidents puis les premiers tours où il a réussi à rester sur la piste en roulant assez vite, les premières fois où il s'est senti marcher sur l'eau... Il y repense en passant la ligne d'arrivée. Il lève le poing bien haut en arrivant dans le paddock. Il vient de remporter sa première victoire!

Sur le podium Ayrton affiche un grand et large sourire, à l'image de l'exploit qu'il vient de réaliser. Au moment où l'hymne brésilien est joué, son regard se perd dans le vide l'espace d'un instant. Il pense au peuple brésilien englué dans la misère et il ressent une très grande fierté. A chacun de ses déplacements lors de week-end de course, il essaye de représenter sa nation du mieux qu'il le peut. Aujourd'hui il sait qu'il vient de réaliser une très belle performance. Le champagne coule à flot lors de la cérémonie et la joie est largement palpable. Ce 21 Avril 1985, Ayrton Senna entre dans le cercle très fermé des vainqueurs de GP. En fait, depuis qu'il pratique la course automobile, il attendait ce moment: "Vous savez, c'est une vraie libération. Maintenant, tout paraît différent et je n'aborderai plus les courses de la même manière. Désormais, je sais qu'à chaque course je peux gagner." Aux yeux des observateurs de la Formule 1, le Brésilien prend aujourd'hui une autre stature. Le reste de la saison 1985 est assez difficile pour Senna. Lors des sept épreuves suivantes, il va abandonner, à chaque fois sur panne mécanique. Ce n'est qu'en Autriche qu'il retrouve le podium en terminant second. Une belle série va suivre avec des troisièmes et secondes places respectivement aux Grands Prix de Hollande, d'Italie et d'Europe à Brands Hatch. Il signe surtout sa seconde victoire de la saison sur le circuit de Spa-Francorchamps, théâtre du Grand Prix de Belgique. Mieux, il signe pas moins de 7 poles positions sur l'ensemble de la saison et commence à devenir un des spécialistes en la matière. La belle Lotus-Renault est puissante mais pas assez fiable... C'est ce qui empêchera Ayrton Senna de se battre pour le titre de champion du monde. Il attend donc beaucoup de 1986.

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Bonus: http://www.youtube.com/watch?v=Yyf5szBPCIo la course commentée par Ayrton Senna lui-même!
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Messagede Keyshun » Mer Mai 23, 2007 17:13

Le 13 Avril 1986: Ayrton Senna remporte le Grand Prix d'Espagne de justesse...

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Ayrton Senna arrive à Jerez de la Frontera, en Espagne, le coeur léger. En effet, la Lotus-Renault 98 Turbo se comporte à merveille depuis le début de la saison. Pour la première manche du championnat, au Brésil et alors qu'il s'était élancé de la pole position, il a terminé à une brillante seconde place. De quoi satisfaire le jeune Brésilien et le rassurer sur le potentiel de sa monoplace. Il s'est affirmé depuis plus d'un an maintenant comme un des ténors du plus haut niveau du sport automobile et chacun reconnaît l'immense talent dont il fait preuve. Les qualifications font partie de ses spécialités. En 1985, il a signé sept poles positions sur les seize possible! C'est un fait, personne n'arrive à la cheville d'Ayrton lorsqu'il s'agit de réaliser un tour extrême. Lors des essais qualificatifs du samedi, il a à nouveau fait l'étalage de tout son talent. La séance vient de débuter et Senna est confortablement installé dans sa monoplace, casqué. Il a déjà réalisé le meilleur temps lors de la séance du vendredi après-midi et il sait qu'il sera difficile à battre. Alors que les autres s'évertuent à se rapprocher de son temps, il attend, tranquillement. Le pilote au casque au jaune est imperturbable. Les yeux fermés, il semble s'être évadé, comme si son corps était dans la voiture mais pas son esprit. Il refait un tour de circuit dans sa tête, revoit les freinages un par un, les points de corde, les réaccélérations. Il sait exactement où il perd du temps et où il en gagne par rapport aux autres. Il sait comment réaliser le tour parfait. Pendant ce temps, les Williams-Honda de Nelson Piquet et de Nigel Mansell lui sont passées devant. Ayrton lève le doigt d'un geste autoritaire, demandant à ses mécaniciens de mettre le moteur en marche. On lui passe le tout dernier train de pneus qualifs, à l'adhérence phénoménale mais très éphémère. Tout va se jouer sur ce tour, la dernière chance de se mettre tout en haut de la feuille des temps...

Lors de son tour de chauffe, il effectue des zig-zag afin de vérifier que tout fonctionne convenablement et surtout, pour faire monter ses pneus en température. Le moteur Renault rugit lorsque la monoplace noire passe le long de la ligne droite des stands. Sa monture lui obéit au doigt et à l'oeil et il ne commet aucune erreur, suivant le tour parfait qu'il avait imaginé avant de s'élancer. La petite mais agile Lotus 98 T vole de virage en virage jusqu'à la ligne d'arrivée. A son passage, le chronomètre est arrêté. 1'21"605. C'est huit dixièmes mieux que tout le monde! Le Maître des qualifications a encore frappé. Senna n'est pas "Magic" pour rien... Il fait beau et chaud lorsque les monoplaces s'installent sur la grille de départ. Pour la neuvième fois de sa carrière, Ayrton va s'élancer en tête de la meute. Au départ, la Lotus-Renault jaillit de sa place sur la grille de manière parfaite: Senna garde la tête au premier virage. Très vite la Lotus se détache. Pendant une trentaine de tours, le Brésilien va mener le Grand Prix d'une main de fer, ne commettant aucune erreur. Cependant, la Williams-Honda de Nigel Mansell est en train de réaliser un festival derrière la Lotus-Renault. L'Anglais, pendant très longtemps cinquième, est en train de remonter comme un boulet de canon sur la tête de la course. Au 40ème tour, Mansell passe Senna sans coup frérir. Ayrton a du mal à tenir sa monoplace dans le sillage de la Williams. Il comprend très vite que la victoire est en train de lui échapper, qu'il ne se bat pas à armes égales. Mais il n'est pas du genre à baisser les bras aussi facilement. Alors que l'on s'attendait à une victoire de Mansell, Ayrton revient dixième par dixième, seconde par seconde. Il repasse le Britannique au 63ème tour, alors que ce dernier doit s'arrêter aux stands, les pneus détruits. Bien que la joie l'envahit, il sait que la course est loin d'être finie d'autant que Nigel n'a pas dit son derrière mot: il est en train de remonter en trombe et il a déjà passé Prost pour reprendre la seconde position. Il reste quatre tours. Alors que Mansell est en train de revenir très fortement, Senna essaie de perdre le moins de temps possible. Ses bras le font souffrir, sa Lotus-Renault perd peu à peu en efficacité mais Ayrton est concentré comme jamais. Au début du dernier tour, la Williams est là, dans les roues de la Lotus, se faisant de plus en plus pressante. Mais Senna ne perd pas ses moyens. A l'amorce de la dernière ligne droite, il est toujours en tête et il fait hurler tous les chevaux de son Turbo Renault. Mansell est tapi dans son aspiration et à dix mètres de l'arrivée, il se déporte. Au moment de passer la ligne, les deux voitures sont côte-à-côte!!! Senna est déclaré vainqueur au photo-finish pour une des plus petites marges qu'il soit: 14 millièmes de secondes!

Au moment où le Brésilien sort de sa monoplace, il a l'air éreinté. Il est trempé de sueur et il tient fermement son bras gauche, fortement endolori. Les stigmates d'une rude et intense bataille contre une monoplace devenue difficile à piloter et contre un adversaire coriace, Nigel Mansell. Les deux pilotes ne le savent peut-être pas mais ils viennent d'écrire une des plus belles pages de l'histoire du sport automobile. Et ce n'est pas la dernière... Ayrton Senna a en tout cas démontré qu'il pouvait se montrer tenace et qu'il ne lâchait jamais prise. Dans l'adversité il est même encore plus fort car il sait rassembler toutes les forces de son corps au point précis où celui-ci en a besoin: "Avec la puissance de l'esprit, la détermination, l'instinct et bien sûr l'expérience, on peut voler très haut." comme il a déclaré. Il sait sans doute mieux contrôler que tous les autres pilotes les capacités de son corps et de son esprit, à l'extrême, comme il le démontre en qualifications. Mais aujourd'hui, il est épuisé au moment de monter sur le podium. Au moment où est joué l'hymne brésilien, son visage rayonne et Ayrton regarde son clan, en bas du podium, et leur fait un clin d'oeil. Il est pour la première fois de sa carrière en tête du championnat après deux manches et cela lui apporte énormément de satisfaction. Mais il va être déçu: même s'il signe une nouvelle fois un nombre de poles positions (huit) sa monoplace n'est pas assez compétitive en configuration course. Plusieurs podiums vont venir récompenser son talent en cette saison 1986, mais peu de victoires. A part le Grand Prix d'Espagne, Ayrton Senna ne remportera qu'une seule course, entre les murs du circuit urbain de Detroit. Il sait que Lotus ne fait pas le poids face à l'armada Williams-Honda et il commence à se poser des questions sur la saison à venir. Renault a déclaré qu'ils allaient quitter la Formule 1 à la fin de l'année 1986. Senna est pendant un temps inquiet mais il sait que son avenir est assuré. Honda, qui possède actuellement deux des meilleurs pilotes au monde en les personnes de Nigel Mansell et de Nelson Piquet, désire obtenir les services du jeune Brésilien dont ils ont eu vent de la grande capacité de travail et de mise au point. Les Japonais aiment le travail et avoir un pilote aussi pointilleux et travailleur que Senna leur permettrait certainement de progresser. C'est pourquoi un arrangement est trouvé entre les trois parties, Lotus, Honda et Ayrton Senna pour la saison 1987. Ce nouveau mariage ravit Ayrton, enchanté à l'idée de pouvoir travailler avec des personnes aussi motivées que celles de chez Honda.

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Bonus: http://www.youtube.com/watch?v=Xep6TfdW ... ed&search=, une très belle tribute avec de belles images, et les commentaires des différentes personnes qui l'ont contoyé (Frank Williams, Jo Ramirez, Alain Prost, Gerhard Berger...)
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Si le jour de sa mort Ayrton pouvait regretter de ne pas être immortel , aujourd'hui, il l'est devenu...

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Messagede Keyshun » Ven Juin 01, 2007 17:09

Le 31 Mai 1987: Ayrton Senna commence son règne à Monaco

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A l'arrivée dans le paddock de Monaco, l'atmosphère est très tendue chez Lotus-Honda. Ayrton n'a pas digéré la manoeuvre de dépassement tentée par Mansell au premier tour du Grand Prix de Belgique, qui s'est soldée par l'abandon des deux concurrents. Senna a d'ailleurs déclaré juste après la course: "J’étais en tête, Mansell deuxième, nous étions dans le premier tour, pneus froids et réservoirs pleins. Je m’attendais bien à ce qu’il tente de passer à un endroit ou à un autre, mais jamais là. Il n’y avait pas de place pour deux. J’ai freiné très tard, je l’ai vu à ma gauche. J’ai cru qu’il allait ralentir, mais il a insisté, me tassant à droite. J’ai compris qu’il voulait forcer le passage à tout prix. J’ai mis deux roues dans l’herbe pour l’éviter. Cela n'a pas suffi, nous nous sommes touchés. Il est stupide; il avait la voiture pour gagner." Lors des essais traditionnels du jeudi, alors que le Brésilien rejoignait son stand à pied, il a croisé Nigel Mansell au virage de la Rascasse, au pied du Rocher de Monaco. Spontanément, le Britannique lui tend la main. Rancunier, Ayrton la refuse. Bien qu'il n'ait que 27 ans, il n'accepte pas de se faire marcher sur les pieds et le montre ouvertement. Il fait preuve d'un caractère bien trempé qui lui jouera des tours par la suite... Mais Senna n'a pas de temps à perdre avec de telles futilités et se concentre immédiatement sur la course à venir, courue dans la principauté de Monte-Carlo. Il y a fort à faire car la révolutionnaire Lotus 99T n'est pas encore au point. En effet, elle est dôtée d'une suspension active, c'est à dire gérée électroniquement par des vérins hydrauliques. Ainsi, pendant la course, il est possible d'assouplir ou de durcir la suspension selon l'état de forme des pneus. Ce nouveau concept intéresse énormément Senna et il espère ainsi mettre à mal la domination Williams-Honda. Lors des trois premières manches du championnat, cela n'a pas très bien fonctionné avec deux abandons et une deuxième place à Imola. Il faut inverser la tendance, et ce, dès le Grand Prix de Monaco.

Le jeune Brésilien aime le circuit de Monte-Carlo, théâtre de ses premiers exploits en 1984. Sur ce circuit atypique, sa conduite fait merveille. Après avoir obtenu la pole position en 1985 et avoir terminé sur le podium en 1986, il sait qu'un beau coup est à sa portée. Lors des essais qualificatifs il le démontre à merveille. Ayrton aime frôler le rail de quelques centimètres... Il semble piloter à la limite risquant l'accident à chaque freinage, à chaque virage. Mais à Monaco, on ne peut pas être rapide sans prendre de risques. Nigel Mansell signe la pole position et Ayrton Senna est deuxième avec un temps correct de 1'23"711. Après l'accident de Spa-Francorchamps, les observateurs craignent le pire pour le départ. Après l'intervention du président de la FISA, Jean-Marie Balestre, ils enterrent la hache de guerre. Les deux pilotes offrent donc un départ limpide et sans incident. On s'attendait à un magnifique duel mais celui-ci n'a pas réellement lieu. Alors que Nigel Mansell avait pris une petite marge de douze secondes en tête du Grand Prix, il a du rentrer aux stands à cause d'une panne de turbo. La voie est donc libre pour Ayrton en tête de la course. Alors que chacun s'attend à ce que celui-ci gère la course, il attaque de plus belle pendant trois ou quatre tours afin de prendre le large face à ses concurrents. Afin de montrer l'efficacité de la suspension active de sa Lotus, il réalise même le meilleur tour en course au 72e des 78e tours! Il démontre ainsi qu'il était capable d'être très rapide et que sa victoire n'est pas seulement dû à l'abandon de Mansell. Surtout, il démontre que sa voiture n'use pas du tout ses pneus et ce, grâce à cette suspension révolutionnaire. Au moment de passer la ligne d'arrivée, Ayrton lève les bras. Il vient de triompher dans le Grand Prix le plus prestigieux de l'année! A la sortie de sa monoplace, il déclare: "C'est une grande joie de vaincre sur ce circuit. Je pense que tous les pilotes rêvent de s'imposer un jour à Monaco".

Son bel état de forme se confirme trois semaines plus tard, à Detroit, théâtre du Grand Prix des Etats-Unis. Une nouvelle fois parti second, il a profité de la supériorité de sa Lotus-Honda en terme d'usure des pneus pour s'imposer brillamment. Il prend par la même occasion la tête du championnat et a de grandes ambitions pour l'avenir. Cependant cette réussite ne va pas durer... Très vite, les Williams-Honda reprennent le dessus et Senna connaît un été très difficile. Quatrième en France, il retrouve le chemin du podium et des troisièmes places en Angleterre et en Allemagne et une seconde place en Autriche. Cependant, cela devient clair aux yeux du Brésilien, Lotus-Honda ne possède pas les moyens techniques pour l'emmener vers le titre mondial. Il prend alors contact avec la prestigieuse écurie Mclaren, valeur sûre de ces dernières années. Ron Dennis est très intéressé par la candidature du pilote brésilien, au moins afin d'assurer l'avenir de Mclaren. En l'engageant aux côtés d'Alain Prost, il sait qu'il pourrait réaliser un magnifique coup médiatique en réunissant deux des plus grands talents automobiles actuels. Alain Prost, double champion du monde, connaît bien l'écurie et attend Senna de pied ferme. Présent au sein de chez Mclaren depuis plus de quatre ans, il s'est imposé comme un fédérateur chez les membres de l'écurie. C'est pourquoi il ne s'oppose pas à l'arrivée du Brésilien. Mais il sait très bien qu'il va avoir affaire à un coéquipier bien différent de ce qu'il a pu connaître jusque maintenant... De son côté, Ayrton Senna est impatient de pouvoir se mesurer à un étalon tel que Prost, qui est le meilleur pilote de la Formule 1 en ce moment. Il est l'homme à battre et Ayrton fera tout pour y parvenir... De plus, Senna apporte dans ses bagages le motoriste Honda, qui ne voulait absolument pas lâcher la perle brésilienne, alors que Williams se retrouve sans le moteur japonais. Après plusieurs podiums en fin de saison, Ayrton remercie tout le monde chez Lotus-Honda pour le travail accompli durant ces trois dernières années. Maintenant, un nouveau challenge l'attend chez Mclaren: Alain Prost.

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Messagede DJ FLO35 » Jeu Juin 07, 2007 11:00

OUlah moi je vais pleurer la :cry:
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Messagede Keyshun » Jeu Juin 14, 2007 13:34

Le 15 Mai 1988: "Magic" tout simplement humain?

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Alors même que le saison 1988 vient de commencer, on sait déjà qu'elle va être exceptionnelle: Ron Dennis a réussi à réunir tous les éléments du succès au sein de l'écurie Mclaren: le génial ingénieur concepteur de l'ancienne écurie Brabham Gordon Murray, le moteur turbo Honda et deux des plus géniaux pilotes de cette génération, Ayrton Senna et Alain Prost. Très tôt et dans les mains de ces deux étoiles, les Mclaren-Honda MP4/4 vont faire preuve d'une insolente domination. En arrivant à Monaco, théâtre de la troisième manche du championnat, les Mclaren se sont partagés les victoires et les pôles position: Ayrton Senna a signé les deux pôles des deux premières manches et Alain Prost l'a emporté au Brésil alors que Senna a dominé le Grand Prix de San Marin. On s'attend à ce que la saison se résume à un duel entre les deux sociétaires de l'équipe anglo-japonaise. Pour le Brésilien, la confontation avec un (voir LE) talent confirmé de cette génération est une aubaine: en combattant à armes égales la grand champion de ces dernières années, il espère démontrer qu'il est lui-même le meilleur. Il a déclaré: "Courir avec un pilote comme Alain dans sa propre équipe me contraint quasiment à la perfection. Nous donnons tous les deux le meilleur de nous-même sans qu'il y ait pour autant de distensions. Le championnat est encore long mais je suis persuadé que la différence entre lui et moi ne se jouera finalement pas sur grand chose. La chance, peut-être..." Cette envie va même tourner à l'obsession pour Ayrton. En effet, c'est un duel acharné qui débute et qui va déchaîner les passions dans les années qui vont suivre... A Monte-Carlo, Senna est dans ce qui va devenir son jardin au fil du temps même si Prost a déjà trois GP de Monaco à son palmarès (1984, 1985, 1986). Ayrton Senna sort le grand jeu dès les séances de qualifications. Comme ce qui est maintenant devenu son habitude, il est magistral dans ce petit jeu. Mieux, il repousse ses limites sur le circuit étroit et sinueux de Monaco en passant au ras des rails. De manière inexplicable, son pilotage a toujours été en phase avec ce cicuit marginal. Le résultats est assez éloquent: il précède tout le monde, dont son coéquipier Alain Prost, équipé du même matériel de plus de une seconde et demi, un gouffre à ce niveau!

Son temps provoque la stupéfaction mais ce n'est rien comparé à son explication: "... Lors de la dernière séance qualificative. J'étais déjà en pôle, d'abord d'une demi seconde puis d'une seconde et je continuais d'accélérer. Soudain j'étais deux secondes devant tout le monde, dont mon équipier avec la même monoplace. J'ai alors réalisé que je ne pilotais plus la voiture consciemment. J'étais en train de la conduire par une sorte d'instinct, comme si j'étais dans une autre dimension. C'était comme si j'étais dans un tunnel. Pas seulement le tunnel en dessous de l'hotel, tout le circuit est devenu un tunnel. J'étais en train d'accélérer encore et encore et encore et encore. J'étais au dessus de la limite mais toujours capable de la repousser." Après cette déclaration pour le moins étrange, l'aspect mystique du Brésilien apparaît au grand jour, faisant d'Ayrton Senna un pilote vraiment unique, avec une conception de la course bien loin de ce qu'on avait pu voir jusqu'à maintenant: un pilote capable des choses les plus exceptionnelles, un homme à l'aura mystérieuse et au charisme indéniable. Il vient de signer la 19ème pôle (déjà!) de sa carrière et la 3ème d'affilée depuis le début de la saison 1988. Malgré cet exploit lors des essais qualificatifs, la course reste ouverte. On ne sait jamais ce qu'il peut passer, Senna le sait mieux que tout le monde. C'est pourquoi il reste sur ses gardes... Dès le départ, Ayrton prend la tête et s'envole irrésistiblement. Prost, bloqué derrière un Gerhard Berger opportuniste au départ, perd du temps. Pendant plus de 60 tours, Ayrton Senna va faire le forcing en tête de la course, son avance culminant à plus de cinquante secondes! Mais le Brésilien veut plus qu'une simple victoire, il veut écraser littéralement Alain Prost, faire le break psychologique. Il est déterminé à démontrer qu'il est le meilleur, et de loin. Cependant, alors que Ron Dennis lui intime l'ordre de ralentir afin d'assurer, Ayrton perd pendant un temps sa concentration et heurte violemment le rail dans le virage juste avant le tunnel de Loews. A trop en vouloir, il a fini par perdre...

Ayrton s'extraie de sa monoplace sans mal. Il marche lentement le long du rail, dépité et visiblement énervé. Déçu, il rejoint directement son appartement il ne donnera plus signe de vie avant le lendemain... Cet abandon le couvre de honte. On ne l'y reprendra plus: "Cette faute est impardonnable. Sur le moment, je m'en suis voulu mais avec le recul je pense que j'ai mûri après cet incident. Vous comprenez, je me suis déconcentré et d'un seul coup je perdais le bénéfice de beaucoup d'efforts. Psychologiquement, il y eut alors un profond changement en moi et je me suis aperçu que je n'avais pas le droit de répéter une telle erreur. Depuis, ma force mentale a changé et je pense que c'est ce qui m'a aidé, par la suite, à ne jamais baisser les bras dans les moments difficiles. Oui, j'ai mûri, tout simplement..." Ayrton a su tirer la leçon de cette terrible erreur et il va avoir une force psychologique comme on en a rarement vu à ce niveau. L'évènement de Monaco 1988 a rendu Senna encore meilleur mais aussi montré une certaine faiblesse: il est tellement focalisé sur son coéquipier et sur la meilleure façon de l'humilier qu'il en finit par ne plus agir de façon réfélchie. Cela va lui coûter quelques bons résultats mais cela fait partie de son caractère, comme il l'a lui-même avoué. La course fait entièrement partie de sa vie et il se donne toujours à 100%. C'est d'ailleurs ce qui fait qu'il est autant apprécié par les observateurs de la Formule 1. Monaco 1988 n'est que le premier acte de la formidable bataille Prost/Senna, le premier élément qui démontre le duel titanesque qui est en train de se dérouler au plus haut niveau et la pression que chacun a sur les épaules. Alain Prost, de son côté, est bien conscient du talent de son jeune coéquipier mais jusque maintenant, n'a pas vraiment eu à forcer le sien pour remporter des courses. Bref, l'entente reste cordiale. Pour le moment...


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Bonus: Senna VS Prost, les meilleurs moments: http://www.dailymotion.com/relevance/search/Prost%2BVS%2BSenna/video/xoukk_ayrton-senna-vs-alain-prost-origin
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Messagede Keyshun » Ven Juin 29, 2007 12:13

Le 30 Octobre 1988: Ayrton Senna devient champion du monde!!!

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En arrivant au Japon, avant-dernière manche de la saison, les pilotes Mclaren-Honda, Alain Prost et Ayrton Senna, sont au coude à coude au championnat. Ayrton Senna a remporté sept victoires (San Marin, Canada, Etats-Unis, Grande-Bretagne, Allemagne, Hongrie, Belgique) et Alain Prost six (Brésil, Monaco, Mexique, France, Portugal, Espagne). Seule une course a échappé à la machine à gagner Mclaren, l'Italie, après l'accident de Senna alors qu'il doublait un retardataire. De plus, les Mclaren ont trusté les premières places du podium puisqu'elles ont réalisé huit doublés, affichant clairement leur domination... Du jamais vu! Non seulement la monoplace est la meilleure mais elle est de plus pilotée par les deux meilleurs pilotes de cette génération. En effet, les deux sociétaires s'en sont donnés à coeur joie jusque maintenant et ils sont quasi à égalité au nombre des victoires. Ayrton a l'avantage et s'il remporte la course ici au Japon, il deviendra champion du monde pour la première fois de sa carrière. Mais Alain Prost ne l'entend pas de cette oreille et compte bien conserver ses chances le plus longtemps possible. Le duel a failli mal se passer lorsqu'à la fin du premier tour du Grand Prix du Portugal, Alain Prost a tenté une manoeuvre de dépassement dans la ligne droite. Senna a alors tassé son coéquipier contre le mur, ne lui laissant qu'une petite place pour passer. L'accrochage a été évité de justesse mais cet évènement démontre l'intensité de la bataille entre les deux étalons de l'écurie britannique. L'épreuve du Japon est d'une importance capitale et la bagarre entre Prost et Senna débute dès les qualifications. Les Mclaren-Honda (dans leur jardin au Japon) dominent largement les séances puisqu'elles devancent leurs poursuivant de plus d'une seconde! Ayrton "Magic" Senna signe sa douzième pôle position de l'année (en quinze courses disputées) juste devant son coéquipier, Alain Prost. La première ligne de rêve est réunie et la bataille pour le titre que tout le monde attend va bel et bien avoir lieu...

Sur la grille de départ, les deux rivaux ne se jettent pas un regard: la tension est à son comble. Ayrton s'installe tranquillement dans sa monoplace et attache ses harnais. La pression est là, quelque part dans sa tête. Il est impossible de ne pas y penser. Le premier titre de sa carrière en Formule 1 est peut-être au bout de cette épreuve et ça, pour n'importe quel pilote, cela a son importance. Pour Senna, c'est encore plus fort que cela. Ce serait la consécration suprême, l'achèvement heureux de plusieurs années de travail. Lorsqu'il se lance pour le tour de chauffe du Grand Prix du Japon, il met cette pensée dans un coin de sa tête. Et il pense à la course, aux 51 tours qu'il reste à parcourir, à la victoire qui pourrait lui offrir le titre. Le départ va bientôt être donné alors que la dernière monoplace rejoint la grille de départ. Les feux s'allument, les moteurs vombrissent... Alors que le dernier feu s'éteint, Ayrton lâche l'embrayage et appuie sur l'accélérateur. Sa voiture hoquète, semble avoir du mal à se lancer. Senna pense que la course est finie pour lui et il lève les bras comme s'il avait calé. La Mclaren MP4/4 continue à avancer tout doucement sans pour autant être lancée jusqu'au moment où, alors que le Brésilien appuyait à fond sur l'accélérateur, le moteur finit par partir. Le Brésilien pousse un grand "ouf" de soulagement car sa course aurait bien pu être déjà terminée. Il a cependant perdu gros dans la manoeuvre car il est tombé à la onzième position pendant que Prost navigue tranquillement en tête. Ayrton repart le couteau entre les dents pour une incroyable remontée... A la fin du premier tour, il est huitième. Au quatrième tour, Patrese, Boutsen, Nannini et Alboreto sont doublés et Senna remonte à la quatrième position. C'est alors qu'une légère averse s'abat sur le circuit, sans qu'il y ait besoin de passer les pneus pluie. Dans ces conditions, le Brésilien vole littéralement sur la piste. Il réalise le meilleur tour en course et remonte sur Alain Prost à une cadence impressionnante. Au onzième tour, Berger est gobé et Senna est déjà en troisième position! Avec l'abandon de l'impressionnant Ivan Capelli (sur March-Judd), Ayrton obtient la seconde place et se rapproche toujours inexorablement de Prost. Au 26e tour, la jonction est effectuée. Deux tours plus tard, alors que Prost revient sur des retardataires, Senna se place dans son aspiration. Alors que le Français est un peu bloqué, Ayrton en profite et se jette à l'intérieur du virage et il passe! Il reste 23 tours à boucler mais le Brésilien sait qu'il vient de réaliser quelque chose d'exceptionnel. En passant la ligne d'arrivée en tête, Ayrton Senna da Silva devient champion du monde!!!


Le Brésilien exulte avant même la ligne d'arrivée. Il brandit le poing haut pour exprimer son soulagement et sa joie. Lors du tour d'honneur, il évacue toute la pression... Il soulève sa visière et laisse les larmes couler. Après tant d'années d'efforts fournis pour atteindre cet objectif, Ayrton devient champion du monde! Il a du mal à se rendre compte de ce qui vient de se passer. En l'espace d'une course il est passé du rang de vainqueur de Grand Prix au rang, très convoité, de champion du monde. Sa vie ne va plus être la même. L'émotion, palpable, est très intense sur le podium. Senna apparaît radieux au côté de Prost et de Thierry Boutsen, brillant troisième. Après avoir fait couler le champagne sur le podium, Ayrton Senna s'exprime en ces termes en conférence de presse: "Je ne peux toujours pas y croire... Ca a été une bagarre incroyable entre Alain et moi avec énormément de pression de la part de chacun. J'ai simplement essayé de rendre cette dernière la moins douloureuse possible. Je ne peux toujours pas y croire... L'enjeu était énorme. Maintenant que tout est fini, je n'arrive pas bien à réaliser mais je ressens comme un profond soulagement. Tout ma carrière était basée sur cet objectif final." Ayrton a mis le doigt ce qui rend son titre si différent des autres: il vient de battre Alain Prost à matériel égal et alors que ce dernier courait sa cinquième saison au sein de l'écurie britannique. Senna, pour son arrivée chez Mclaren, a frappé très fort. Battre la référence de l'époque alors que ce dernier était solidement installé dans son écurie, c'est un exploit dont peu peuvent se targuer. Il était le novice qui venait s'attaquer au maître dans son propre élément et c'est lui qui en est sorti vainqueur. Même si la dernière manche de la saison en Australie est revenue à Alain Prost, c'est Ayrton Senna le grand vainqueur de cette saison 1988, à tous les points de vue. Maintenant, il pourra entamer la saison en tant que favori, il n'aura plus à rougir devant les autres champions du monde. Ayrton est devenu grand, tout simplement...


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Messagede Keyshun » Dim Juil 22, 2007 10:23

Le 23 Avril 1989: La déchirure...

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Au début de la saison 1989, Ayrton est confronté à une chose qui ne lui ait jamais arrivé: il est devenu la référence, c'est lui qui porte le numéro un sur sa Mclaren MP4/5. Cela ne l'effraie pas pour autant et il se sent prêt à relancer une nouvelle bataille, une nouvelle saison en espérant que celle-ci se termine aussi bien que la précédente. L'écart s'est un peu resserré cette saison et les Mclaren n'ont plus la marge qu'elles avaient en 1988. 1989 marque l'abandon des moteurs à turbocompresseur et donc un retour en arrière pour certaines équipes, notamment Mclaren-Honda. Les ingénieurs japonais, avec l'aide de Senna, ont cependant préparé et mis au point un moteur remarquable, faisant très vite oublier les turbos. Mais Ferrari, Williams-Renault (de retour cette saison en tant que motoriste) ou Benetton-Ford ne sont pas en reste et compte bien récupérer plus que des miettes cette saison. Ayrton Senna est méfiant et attend la première course de la saison, chez lui, au Brésil, pour mieux jauger le potentiel de sa monoplace. Il attend beaucoup de cette course et il va être bien déçu... Alors qu'il s'élance de la pole position (sa trente et unième), il est pris dans un accrochage au premier virage. Il termine la course à une anonyme onzième place, loin de son coéquipier Alain Prost, deuxième, et de Nigel Mansell, vainqueur. Personne ne s'attendait vraiment à ce que la Ferrari du Britannique remporte la course, au nez et à la barbe des Mclaren boys mais c'est surtout grâce au talent de Mansell que la Ferrari n°27 a franchi victorieusement la ligne d'arrivée. Ayrton est rassuré car il sait que malgré le fait que l'écart se soit resserré, la Mclaren-Honda est toujours la machine à battre. Il se concentre donc sur un Alain Prost revanchard comme rival pour le titre. Il le sait, une nouvelle fois, la bataille va être rude...

Confirmation dès la seconde manche du championnat qui se dispute sur le rapide mais dangereux circuit d'Imola, à San Marin. Dès les qualifications les deux étalons de Mclaren-Honda s'en donnent à coeur joie faisant tomber le chrono à chaque passage. C'est le Brésilien qui est le meilleur à ce petit jeu, obtenant une nouvelle brillante pole position, deux dixièmes devant son coéquipier. Au moment où le départ est donné, Ayrton s'élance parfaitement et prend la tête juste devant Alain Prost. Au troisième tour de la course, Gerhard Berger, alors cinquième, sort violemment à Tamburello et sa voiture s'enflamme. La courbe de Tamburello, où Piquet est sorti deux ans auparavant dans un effroyable accident et dont le destin va être scellé un jour funeste de Mai 1994... La course est arrêtée alors que l'on extraie le sympathique Autrichien de sa Ferrari disloquée. Ses jours ne sont pas en danger, heureusement. Il a juste quelques brûlures et contusions. C'est un miracle... Un nouveau départ est donné et la course reprend au troisième des soixante et un tours. Cette fois-ci, c'est Alain Prost qui prend le meilleur départ mais Senna réagit rapidement en reprenant la tête quelques virages plus loin. Les positions sont figées et Senna s'envole vers sa première victoire de la saison et Mclaren-Honda son onzième doublé en dix-huit Grands Prix. Sur le podium, l'ambiance est pourtant tendue. Alain Prost a le visage fermé et n'adresse même pas un regard à son coéquipier brésilien. De retour aux stands, le Français s'explique à la presse: "Je suis profondément déçu par le comportement d'Ayrton. Il n'a pas respecté notre pacte de non-agression valable pour le premier tour. Il n'est pas loyal!"


Ayrton est dans l'incompréhension et rétorque: "C'est vrai qu'il y avait un accord entre nous. Mais il stipulait que nous ne devions pas nous attaquer au premier tour. Or en comptant le premier départ, je l'ai dépassé au quatrième tour! La question ne se pose donc pas." Ceci est le premier élément qui démontre la terrible tension qui règne dans le stand Mclaren depuis maintenant plus d'un an. C'est l'expression d'une dualité exacerbée depuis le début de la saison 1988. Chacun d'entre eux veut vaincre l'autre, à tout prix et n'accepte pas la défaite. C'est la marque des grands champions. Le pari de Ron Dennis, arriver à gérer deux pilotes du même calibre, s'il s'avère payant en terme de résultats (jamais une équipe n'a autant dominé la Formule 1 avec deux pilotes du même niveau comme Mclaren l'a fait ces années-là), il a par contre des conséquences qui sont très néfastes en terme de cohésion au sein de l'écurie. A Imola, c'est une véritable guerre qui commence au sein de l'équipe Mclaren entre Alain Prost et Ayrton Senna. Deux semaines plus tard, à Monaco, Ayrton et Alain s'expliquent. Prost, après avoir obtenu les excuses qu'il attendait, s'empresse d'aller révéler la teneur de l'entretien aux médias. Senna n'accepte pas cette trahison: "Sur l'insistance de Ron Dennis, j'ai accepté de m'expliquer avec Alain et on peut effectivement considérer que je me suis excusé. Mais en ayant dévoilé la teneur de notre entretien, Prost a tout cassé. Les choses ne seront plus jamais comme avant." Ce à quoi Prost rétorque: "Je suis quelqu'un d'honnête alors qu'Ayrton ne l'est pas. C'est aussi simple que cela, nous n'avons donc rien à faire ensemble." "L'affaire Imola" prend des proportions dantesques et les deux hommes ne s'adressent plus la parole. Le rêve de Ron Dennis tombe à l'eau et il se retrouve avec une situation délicate à gérer. Et ce n'est que le début...

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Messagede Keyshun » Mer Aoû 01, 2007 17:24

Le 22 Octobre 1989: Le règlement de compte

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En arrivant au Japon, rien ne va plus au sein de l'équipe Mclaren-Honda. La bataille psychologique qui s'était instaurée en début de saison a tourné à la guerre et c'est maintenant une atmosphère irrespirable qui règne dans le box de l'équipe anglo-japonaise. Prost, qui sentait que le vent était en train de tourner au sein de l'équipe et que peu à peu, Senna attirait sur lui toutes les attentions, a déclaré publiquement que son équipe le défavorisait par rapport à son équipier brésilien en ne lui donnant pas le même matériel et ce, dès le Mexique, la quatrième manche du championnat. Ayrton Senna et Ron Dennis ont été les premiers offusqués par cette remarque mais ce n'est rien comparé à Honda, le motoriste, très à cheval sur la rigueur et qui n'apprécie pas que l'on remette en cause son sens de l'équité en public. Dès le mois de Juillet, le divorce est consommé. Alain Prost quittera Mclaren à la fin de la saison 1989, certaines rumeurs l'annonçant même chez Ferrari pour la saison 1990. Et pourtant, c'est Ayrton Senna qui en position de faiblesse au championnat. Après un excellent début de championnat où il a terminé premier à Imola, à Monaco et au Mexique, il a par la suite enchaîné une série de quatre abandons, qui l'ont mis à plus de vingt points de Prost au championnat. Après un renouveau lors des Grands Prix d'Allemagne, de Hongrie et de Belgique où il remporte deux brillantes victoires et une belle seconde place, Ayrton connaît deux nouvels abandons, en Italie et au Portugal (à cause d'un accrochage avec Nigel Mansell, qui a tenté une manoeuvre suicidaire et alors qu'il était disqualifié). Une nouvelle victoire l'attend en Espagne, trois semaines avant le Grand Prix du Japon. Il est cependant très loin au championnat et il est obligé de l'emporter au Japon et en Australie, les deux dernières manches du championnat, s'il veut être titré. Entre un Alain Prost mécontent et un Ayrton Senna inquiet, l'ambiance est orageuse chez Mclaren.

L'ambiance très tendue et le fait que les deux sociétaires de Mclaren-Honda se battent pour le titre présagent une course d'anthologie. Dès les qualifications Ayrton Senna et Alain Prost trustent les premières places sur la grille, le Brésilien signant une nouvelle pôle position (la douzième de la saison et la quarante et unième de sa carrière), plus d'une seconde devant le Français. Pour l'instant, le plan de Ayrton se déroule à merveille et il ne lui reste plus qu'à s'imposer dimanche pour espérer remporter un second titre d'affilée. Comme en 1988, les deux rivaux vont offrir une course qui restera dans les annales de la Formule 1. Comme en 1988, Ayrton rate son départ et Alain Prost est en première position au premier virage avec la Mclaren n°1 dans son sillage. Pendant quarante-six tours l'écart entre les deux pilotes ne va pas dépasser les deux secondes. Ayrton Senna ne peut pas laisser le Français s'échapper et il donne tout et plus pour rester au contact. Au tour 47, alors que Senna revenait petit à petit sur Prost, les deux pilotes ne sont séparés que d'une petite seconde. Senna sort rapidement de Spoon et se place dans le sillage de la Mclaren n°2 dans la longue ligne droite. Ayrton sent que le moment est venu de tenter une attaque, alors qu'il ne reste que six petits tours. Alors qu'Alain Prost entame son freinage à la chicane précédent la ligne d'arrivée, Ayrton se déporte vers la droite et retarde son freinage au maximum. Il se trouve à l'intérieur et croit que Prost va le laisser passer. Mais le Français prend sa trajectoire normale et c'est l'accrochage! Vision cauchemardesque pour Ron Dennis que de voir ses deux monoplaces embriquées l'une dans l'autre, au ralenti, dans le chicane. Alors que Prost sort de sa monoplace, pas mécontent de l'issue du duel, Ayrton demande aux commissaires de le pousser afin qu'il puisse reprendre la course. Il passe à son stand afin de changer son aileron avant, abîmé lors de l'accrochage. Pendant ce temps, Alessandro Nannini en profite pour passer. Il reste cinq tours et Senna se lance dans une formidable chevauchée. En deux tours il revient sur l'Italien et le passe avec fermeté et autorité à la chicane. Il passe la ligne d'arrivée en levant les bras. Il vient de remporter une course qui semblait perdue et conserve ainsi ses chances au championnat du monde!

Mais, dans la coulisse, le pouvoir sportif s'organise. La conduite du Brésilien est jugée dangereuse et il est disqualifié. Il passe dès lors du rêve au cauchemar... Les phrases venimeuses fusent de part et d'autre: effondré, Ayrton Senna déclare: "Ce résultat ne correspond absolument pas à la réalité de la course et à la sportivité. J'ai le sentiment d'avoir gagné cette course mais on me l'a enlevé." Ce à quoi Prost rétorque: "Cette course, j'allais la gagner. Senna le savait, il a donc tenté une manoeuvre désespérée. En fait, il ne supporte pas que quelqu'un résiste à ses manoeuvres de dépassement." Alain Prost est déclaré champion du monde alors que Senna a tout perdu. Il ne comprend pas la décision de la FISA car on le traite comme un criminel. Il se sent trahi et blessé au plus profond de lui-même. Il prend la parole dans une conférence de presse exceptionnelle où, les yeux embués de larmes, il démontre qu'il n'est pas responsable de l'accident qui vient de se passer. Pour lui, les torts sont partagés et il n'accepte pas qu'on lui fasse porter le chapeau. Il dénonce un complot entre Alain Prost et Jean-Marie Balestre, président de la FISA, afin de ramener le titre en France. Il est écoeuré par ce qui vient de se passer et pense même tout quitter. C'est à cet instant qu'il lance la phrase devenue si célèbre: "La course, la compétition, sont dans mon sang, font partie de moi, partie de vie. Et cela passe avant tout." Mais la saison 1989 a été au cauchemar pour le champion brésilien. Les abandons à répétition et sa relation houleuse et tumultueuse avec Alain Prost ont considérablement usé Ayrton Senna. L'accrochage de Suzuka est la goutte d'eau qui a fait débordé le vase. Après un simulacre de course en Australie où il s'accroche très tôt avec Martin Brundle, le Brésilien s'enfuit loin de toute cette tension, chez lui, au Brésil et commence à réfléchir longuement à la suite de sa carrière. Il a besoin de faire tomber la pression afin d'y voir plus clair.

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Bonus: le résumé de la course avec de formidables images en caméra embarquée! http://www.youtube.com/watch?v=p0DEgwLLPXg
Si le jour de sa mort Ayrton pouvait regretter de ne pas être immortel , aujourd'hui, il l'est devenu...

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Messagede mike » Jeu Aoû 02, 2007 10:17

Ce que j aime sur ce site , c est la qualité des présentations et des photos!!!!!

Bravo et merci de me faire revivre une si belle période de F1. :wink:
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